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Janvier 1915

Dimanche 3 janvier 1915 - 1 500 mètres à l’heure

Cette histoire-là fait jaser dans les chaudières ! Quand les chauffeurs de locomotive viennent au buffet se vider un petit godet de blanc sec, je leur ressers en ricanant, ils en blémissent et avalent de travers, ces gars-là ont le métier chevillé au corps, faut pas les chatouiller sur l’honneur cheminot, ils montent vite en vapeur ! Un train de blessés est parti de Lons-le-Saunier à 4 heures du soir, arrivé à Bourg vers 8 heures où il a passé la nuit sur rail, il est reparti à 7h30 pour finir autour des 2h30… à Champagnole ! 23 heures pour parcourir les 36 kilomètres reliant Lons à la perle du Jura, tu parles d’une perle, une grosse boulette, oui ! Heureusement que la loco ne promenait que de bien-portants messieurs en goguette, les pauvres bougres avaient déjà mis deux jours pour arriver d’Alsace où ils avaient dégusté méchamment ! Ça devait pas sentir bien bon quand ils ont du les sortir de là-bas dedans, et faudra pas nous raconter que tous nos soldats sont morts baïonnette au canon !

Même la nature se met à tourner à l’envers. Un forestier de passage m’a dit que le gibier n’est pas à la fête. Le vacarme de la chasse humaine a fait fuir les sangliers des Ardennes et des Vosges, ils ont trouvé refuge dans les forêts de Bourgogne, tellement nombreux et affamés qu’ils dévorent l’écorce des arbres ! Les emplumés aussi perdent le Nord, les grives nous viennent habituellement d’Allemagne, pas vues cette année, c’est à se demander si ce n’est pas la grande famine de par chez eux. Quant aux alouettes, elles se sont volatilisées, mauvais signe, leurs ailes les font considérer comme les plus fidèles amis de la Gaule.

Antonin

Mercredi 6 janvier 1915 - Une brouette, une voiture à bras ou un chameau à roulettes ?

Il n’est pas aisé de suivre le fil des correspondances avec mes garçons, nos courriers se croisent,  certains mettent quelques jours à arriver à destination et d’autres bien davantage, à peine leur ai-je écrit, en les enjoignant avec insistance de donner de leurs nouvelles, que le facteur brandit leurs plis sur le pas de porte. J’adresse une lettre annonciatrice d’un colis, en prenant soin de ménager la surprise sur ses gourmandises, mais elle arrive visiblement quand ils s’en sont déjà délectés. Le service postal marcherait-il sur la tête ? C’est ce qu’on l’air de penser nos soldats à Saint-Dié, ils ont fait part de leurs doléances au Journal de l’Ain. Ils confirment que les lettres du département mettent le double de temps pour leur parvenir, Louis ne m’a rien raconté d’autre en recevant le 31 décembre dernier une petite carte postée le 19. Le délai moyen est en effet d’une dizaine de jours, une lettre de Bourg à New York franchit l’océan dans les mêmes délais. Ils relèvent du secteur postal 44 et avaient cru comprendre que cette nouvelle organisation avait été imaginée pour éviter le passage par les dépôts jugés trop lents. S’ils sont courroucés, ces braves ne manquent pas d’esprit, se demandant si « ce secteur est une brouette, une voiture à bras ou un chameau à roulettes ? ». Ce sont là d’apparentes futilités, sauf que je suis folle d’inquiétude quand les jours passent vides du moindre signe de vie, eux-mêmes ont besoin de sentir leur famille proche malgré la distance et les circonstances. C’est vrai qu’il y a toujours plus malheureux. La petite domestique de la maison voisine s’est faite une grosse frayeur ! Mariée en mai dernier avec un jardinier de la rue Charles Robin, elle avait su qu’il était porté disparu début août et se préparait à son veuvage, jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’il est prisonnier en Allemagne. Mignonne comme un cœur, elle a du pleurer toutes les larmes de son corps ! S’il n’est pas prêt de rentrer, en voilà au moins un qui est à l’abri.

Philomène

Samedi 9 janvier 1915 - Paul Guerre dit Rugère

Hier matin vers les 10 heures, j’étais aux champs des Vennes avec deux à trois cents personnes, les yeux levés au ciel et la main en visière, en admiration devant l’envol de trois gracieux et grands oiseaux blancs. Trois Fairman flambant neufs sont arrivés la veille de l’usine de Lyon et ont fait étape dans notre cité avant d’atterrir à Dijon puis repartir dans l’Est, là où le ronronnement de leurs moteurs ressemblera presque à un doux murmure. Ces aéros tournent comme des girouettes par grand vent, 22 minutes pour parcourir les 60 kilomètres entre Lyon et Bourg ! Les pilotes sont des maîtres des cieux, motivés par une foule aux anges, ils se sont livrés à des virages impressionnants, ont tiré de l’aile et filé en coup de vent. Çà m’a rappelé nos dernières fêtes d’aviation, Rugère en était un des habitués de l’école d’Ambérieu, bien des Bressans lui doivent leur baptême de l’air, et qui ne se souvient pas de son raid en Biplan, Bourg-Dijon-Bourg en 6 heures et demi ! Chef pilote de la maison des frères Voisin, il a effectué le mois dernier des essais au-dessus d’Issy-les-Moulineaux, encore un nouvel appareil à livrer à l’aéronautique militaire. S’apprêtant moteur arrêté à faire un vol plané à 1200 mètres d’altitude, une rafale de vent l’a déséquilibré, il a piqué du nez et a tenté un atterrissage de fortune dans une cour, mais le bout d’une aile a heurté un toit et provoqué sa chute. Le réservoir éventré, les tubes de l’appareil recouverts de silex ont produit des étincelles au contact du sol, Rugère a péri horriblement, carbonisé. Le courageux infortuné devait être récipiendaire de la médaille militaire pour avoir largué des bombes sur des convois ennemis dans la vallée de l’Ourcq pendant les jours décisifs de la bataille de la Marne. Rugère était son surnom depuis son ancienne carrière cycliste de sprinter et pistard, son ivresse de la vitesse nous l’a emporté trop vite et trop loin. Paul Guerre était son nom.

Anthelme

Mardi 12 janvier 1915 - Skating bressan

Je n’aime pas le froid. Maman a beau me mettre des couches d’habit, il me pique le nez et je ne sens plus mes pieds. Quand je rentre de l’école, je bois un bol de lait chaud, j’y trempe une petite brique de pain et il devient tout mou, puis Maman me frotte les pieds avec ses mains chaudes, ce sont des moments doux. L’autre jour, je me suis tellement amusée que je n’ai même pas fait attention, pourtant quand j’étais dehors, ma bouche crachait de la fumée blanche, comme une cheminée, je n’y pensais même pas, c’était trop rigolo ! Les points d’eau sont tout gelés, on a pu faire du skating, le jeudi matin est ouvert qu’aux enfants. Au début, j’avais peur de me casser la cheville en marchant sur la glace, mais j’aimais bien le bruit de crissement des patins. Alors je me suis mis à pousser avec mes jambes, mes épaules étaient toutes de travers, j’ai bougé les bras pour ne pas tomber et çà glissait tout seul, j’avais l’impression d’aller très vite, le froid me piquait tout le visage, heureusement que j’ai bien ri, çà m’a réchauffé. Les garçons, ils veulent toujours finir premiers et ils ne savent même pas faire, ils se sont ramassés de belles gamelles ! Pour ne pas être honteux, ils se relèvent très vite, et vlan, encore la culotte mouillée et les jambes en l’air ! Sur le chemin du retour, il y en a un qui nous a raconté une histoire de la guerre dans le journal. Un Monsieur Sergent a reçu un paquet de sa famille, il était trop content de vite enfiler son nouveau caleçon. Les Boches ont attaqué sans crier gare au même moment, tous les soldats ont sauté sur leur fusil, il a fait pareil, ils ont beaucoup tiré pour les arrêter puis les ont pourchassés. Ils leur ont donné une bonne leçon et se sont tous mis à éclater de rire quand ils ont vu que l’autre s’était battu en caleçon !

Roseline

Vendredi 15 janvier 1915 - Un être vous manque …

Deux jours de repos complet bien au chaud, je me suis même offert une matinée aussi grasse qu’un morceau de lard ! Faut dire qu’on a eu droit à la vaccination contre la typhoïde, j’ai l’épaule en vrac et je me sens patraque, mais j’ai pu piquer de bons petits roupillons, d’autres sont si malades qu’ils n’arrivent pas à fermer un œil. Temps calme profitable pour écrire une longue lettre à ma petite femme chérie. Elle aime bien que je lui raconte qui m’a envoyé des courriers et colis, la curieuse veut même tout savoir des bonnes choses dedans, comment lui expliquer que tout est bon pour un soldat, le saucisson comme le chocolat, on en mangerait presque la savonnette les jours où la corvée tarde à arriver ! Je lui donne d’habitude des nouvelles en essayant de la rassurer, la guerre n’est pas une promenade amoureuse de jeunes gens, son bonhomme s’en sort pour l’instant à bon compte, qu’elle ne s’imagine pas qu’il m’est arrivé malheur si elle ne reçoit plus rien, je pourrai être blessé ou prisonnier. Cette fois, tout seul dans mon lit, j’ai compté les nuits sans elle, voilà trop longtemps que nous ne nous sommes pas serrés dans les bras, alors je lui ai écrit des mots gentils : « C’est long, oh que je voudrais te couvrir de baisers et de caresses sur tout ton joli corps adoré, enfin espérons toujours, mais alors il y aura pas mal d’intérêts à payer ». Sur ces douces pensées, va falloir bientôt remonter aux avant-postes, le 223 va relever les marsouins du 36e Colonial, on ne sait jamais ce qui nous y attend.

Célestin

Lundi 18 janvier 1915 - De quoi en faire un foin

Bientôt six mois que je suis seule à la ferme pour m’occuper des bêtes et des champs. Ça ne suffit pas à l’armée de me prendre mon Léon, alors qu’il a bien mieux à faire ici que de s’occuper des chemises d’un lieutenant ! Bon, je ne vais pas non plus cracher dans la soupe, s’il serait plus utile au pays un fusil à la main, on me l’aurait peut-être déjà ramené raide comme un cierge fondu entre quatre planches. Bref, toujours est-il que l’armée s’en prend maintenant à mon foin, c’est un employé de la Mairie qui m’y a dit, l’administration militaire en a grand besoin et n’a pas envie d’en acheter à l’étranger, alors elle demande aux cultivateurs de lui mettre de côté. Pour sûr qu’elle va nous payer, mais on n’a jamais fait les foins pour décorer nos granges et faire joli. Nos bêtes, elles ne vont pas se nourrir que d’air et d’eau, faudra donc leur donner tout ce qui pousse, son, carottes, betteraves, fourragères, tourteaux, pulpes et je ne sais quoi encore. Va arriver un jour où même les humains suceront les racines de pissenlit ! Quand çà ne veut pas sourire, le ministre de l’agriculture à Paris a décidé qu’il n’y aura plus de concours agricoles tant que la guerre ne sera pas finie. De toutes façons, c’est tout comme çà, le gouverneur militaire de Lyon vient aussi d’interdire les appareils à sous et les bals dans tous les débits de boisson, s’il y en a qui ne veulent pas comprendre, ils auront directement affaire aux agents de police et gendarmes de la prévôté. Les Italiens ont de la chance d’un certain côté, ils sont passés pour l’instant à travers les gouttes de tout ce bousin, sauf que la terre s’est mise à trembler tellement fort dans les Abruzzes que les secousses ont été ressenties jusqu’à chez nous. Si çà a pu en réveiller quelques uns ici, les journaux parlent de 25 000 morts dans des villages avec toutes les maisons sens dessus-dessous. C’est à se demander où il fait bon vivre par ce mauvais temps qui court au galop !

Yolande

Jeudi 21 janvier 1915 - Revue nécrologique d’encadrement

Un ancien député de Paris a demandé la publication officielle de la liste des tués, il semblerait que l’Allemagne le fasse et rende également public les noms des soldats blessés. Le ministre de la guerre Millerand s’en est sorti en indiquant que des présumés tués sont probablement prisonniers, je le cite « il ne peut convenir, par égard pour les familles, que nous accordions des mentions erronées ou que nous péchions par omission ». Le nombre de Français tombés au champ d’honneur reste donc un secret bien gardé, la France républicaine ne saurait être plus opaque que l’Empire allemand, l’Etat-major doit avoir ses raisons que ma raison feint d’ignorer !

J’en ai une petite idée par le bout de la lorgnette de mon régiment, l’avènement d’une nouvelle année étant toujours un moment propice au bilan. Parmi les 3 250 hommes du 23e RI, 450 d’entre eux ont rejoint la terre de France pour l’avoir âprement défendue. Aussi élevés soient-ils, ces chiffres ne rendent pas compte de la réalité pour ceux qui les ont connu, tant de visages aux yeux refermés défilant dans ce trop long cortège des camarades disparus. Il m’a suffit d’un coup d’œil au tableau d’encadrement du régiment des 2 août 1914 et 1er janvier 1915 pour comprendre son chamboulement. L’énumération des officiers morts pour la France m’affecte profondément, chaque nom étant évocateur d’une foule de bons moments partagés. A l’État-major, le sous-lieutenant Secretant, chef des équipes télégraphistes. Au premier Bataillon, le capitaine de Montjamont et le lieutenant de Douglas de la 2e compagnie, le capitaine Ogier qui commandait la 3e et le sous-lieutenant de réserve Moulet chef de section dans la 4e. De Buretel de Chassey commandant le 2e Bataillon et trois sous-lieutenants des 5e et 7e compagnie, Catherin, Patureau et Boullay, mais encore dans la 8e compagnie le capitaine Bernard et le lieutenant Ribersart. Toutes les compagnies du 3e Bataillon ont été touchées, le lieutenant Haustete à la 9e, les sous-lieutenants Baret et Pécoud des 10e et 11e, deux chefs de section de la 12e (lieutenant Peydière et sous-lieutenant Gagneur). Ont été également tués les sous-lieutenants Vallat et Celet, je ne garde d’eux qu’un vague souvenir, sans compter les blessés évacués. Cette douloureuse purge de l’encadrement ravive mes espoirs de quitter mes fonctions auprès du Commandant de la Place d’armes de Bourg, non pas que j’entende profiter du malheur des autres, je me suis engagé pour servir, ma place est auprès des miens, quitte à en mourir si mon heure à sonné. Une nouvelle année est autant propice aux bilans qu’aux promesses, j’ai bon espoir de partir dans les  jours prochains.

Honoré

Dimanche 24 janvier - Un mois à l’Hôtel-Dieu

Aussi vive qu’une trainée de poudre, la rumeur court en ville, elle a traversé les murs épais de l’Hôtel-Dieu grâce à la présence parmi nous d’infirmiers militaires logés chez l’habitant. Avec ses cinq milles hommes, l’état sanitaire de la garnison serait si déplorable que plusieurs soldats auraient succombé de méningite cérébro-spinale et de typhoïde. Les autorités ont démenti catégoriquement pour ne point ajouter un état de panique au sentiment de désarroi. S’il convient de ne rien exagérer et assurer que nous nous évertuons à isoler tous les malades contagieux, ce bruit n’est pas dénué de tout fondement. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la triste fin d’Henri Blanc le jour de Noël. Dans les salles dépendantes du docteur Beuf que j’ai le privilège d’assister, nous avons eu ce mois-ci sept cas de méningite et cinq malades souffrant de fièvre typhoïde, un chasseur auvergnat en est décédé récemment. Quelle différence qu’ils aient rejoint le ciel pour ses motifs ou d’autres ? Un soldat territorial du régiment de la ville du nom d’Eugène Pradel a été pris dune double bronchopneumonie, infection courante mais mortelle dans son cas, malgré l’usage du ballon à oxygène en ultime recours. Le tétanos s’est propagé telle une lame de feu dans les corps de deux malheureux, leurs blessures par balle semblaient pourtant benignes, à un gros orteil pour l’un et au bras droit pour l’autre. Des injections de morphine ont aidé ces Savoyards à partir doucement, peut-être pour revoir une dernière fois en rêve les cimes de leurs montagnes dans le silence des neiges éternelles. Que le Seigneur me soit témoin que le trépas n’est pas seul à roder dans nos couloirs. Henri Bonnot nous a quittés mi-janvier après quatre mois d’hospitalisation, il avait reçu la veille la bonne nouvelle de sa réforme pour des cicatrices adhérentes et une rétraction au coude droit de suites d’une fracture du cubitus. Il avait été grièvement touché au mois d’août par un éclat d’obus pendant l’attaque d’un bois à Méhoncourt. Il est donc retourné aux petits soins et à l’amour de ses parents qui tiennent la café Français avenue Alsace Lorraine. Nos malades les mieux portants ont profité d’une représentation du Guignol lyonnais, ils ont pu oublier quelques instants leurs soucis tant ils ont ri. Pour combler leur contentement, une société locale se préoccupe d’améliorer leurs repas, la Gaule Bressane a ainsi livré cent kilos de carpes et tanches… une pêche miraculeuse ?

Sœur Anne

Mercredi 27 janvier 1915 - La classe 1915 à l’instruction

Faut dire ce qui est, sans jouer le fier comme Artaban, je suis plutôt robuste de constitution et dur à la peine, mais je ne m’attendais pas à me faire autant secouer le buffet ! Sitôt passées les fêtes, on a pris le train pour Lons puis direction le camp des Pareuses à Pontarlier… quand je pense aux réservistes du 223e en plein mois d’août à Aix-les-Bains, ils avaient tiré le bon ticket pour l’hôtel des Paresseuses ! Il fait ici un froid à transformer une poule d’eau en gelée de volaille ! Les baraquements, ils étaient bons à loger les artilleurs durant les beaux jours et on ferait mieux d’y entreposer les carcasses de viande refroidie que des bleus à l’instruction. Si le vent se met de la partie, réveil avec les couvertures blanches comme des oies, je ne raconte même pas la séance pour enfiler les grolles, trempées la journée, raidies la nuit, c’est pire que de marcher avec des boîtes en bois ! Alors, on se serre les coudes autour des poussifs poêles à bois, on attend la distribution du jus et en avant. Marche à pied dans la neige tous les jours, attaque au milieu des sapins en lançant des grenades en boules de neige, ordre de se mettre à plat ventre et de ramper pour se cacher plutôt que de parader comme des perdreaux sur le champ de bataille, nos gradés n’ont pas appris la guerre sur un tableau noir, ils en reviennent en boitant pour la plupart, alors on ne l’a leur fait pas, faut juste éviter de les taquiner sur la discipline. Pendant un exercice d’escrime avec la baïonnette fixée au bout du fusil, pas pu m’empêcher de faire le mariole, un sous-off voulait me donner une bonne leçon, il ne savait pas qu’un ancien patron m’avait appris à manier le bâton, alors je l’ai désarmé d’un geste vif, j’ai bien failli l’embrocher en criant ! Je me suis fait souffler dans les bronches, normal, mais faut dire ce qui est, sans me prendre pour d’Artagnan, on ne me regarde pas pareil maintenant.

Joannes

Samedi 30 janvier 1915 - Tout chien doit l’impôt dès qu’il est séparé de sa mère

La Municipalité devant faire face à d’incessantes nouvelles charges vis-à-vis des nécessiteux chaque jour un peu plus nombreux, tout est bon à prendre pour y satisfaire. Les possesseurs de chiens n’ont plus que quelques jours pour se déclarer et s’acquitter de leur taxe. Si son prélèvement par la commune est obligatoire, nous pouvons néanmoins en fixer les tarifs selon leur catégorie, les chiens d'agrément ou servant à la chasse d’une part, d’autre part les chiens servant à garder les troupeaux ou les habitations. Il est entendu que les chiens nourris par leur mère en sont exonérés, mais tout changement de leur situation se doit d’être signalé au guichet n°1 de la Mairie. Cette taxe municipale n’a pas été instaurée gratuitement, elle date de 1855 sous l’Empire de Napoléon III. Elle apparut alors comme le bon remède pour endiguer la propagation de la race canine, bouches fort inutiles au demeurant, leur nourriture serait bien mieux employée si elle profitait à des animaux travailleurs. Il s’agit aussi de lutter contre les chiens errants, responsables d’accidents et porteurs de la rage qui fit de nombreuses victimes jusqu’aux découvertes de Pasteur sur sa vaccination. Mesure de salubrité publique à son origine, elle a fini par nous rapporter quelques subsides non négligeables. Les communes n’ont pas à en rougir, l’État s’est accaparé la taxe sur les chevaux, voitures, mules et mulets pour tout attelage, il n’a pas oublié d’en faire autant à son avantage avec les vélocipèdes, qu’il nous soit au moins laissé les chiens de compagnie. Heureusement que nous pouvons aussi compter sur la générosité de nos concitoyens. Une veuve et rentière de la rue Lalande s’illustre avec une respectueuse constance par son soutien aux bonnes œuvres, Madame Tardy vient de remettre 500 francs au Maire pour les pauvres de la ville. L’un dans l’autre, nous finirons bien par joindre les deux bouts.

Stanislas

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